Je t'aime
Ton baiser a la splendeur éclatée des érables
A la saison des grands départs d'oiseaux
Quand leurs graines ont pris le large
Sur les vents qu'elles empourprent
Je t'aime dans la profondeur des nuits
Les schistes battent des paupières
Les rivières souterraines viennent sourdre
Dans un tumulte de ciel et d'écume
Tous les oiseaux jaillissent
Je t'aime à l'heure où nos yeux s'ouvrent
Pêche miraculeuse dans l'espace
Le vent ramène la couleur des arbres
L'odeur des cheminées qui fument
La fraîcheur du jour prend source
Dans l'herbe agitée de tes cils
Nos mains creusent un nid
Pour l'oisillon tombée des branches
L'aube grise a surpris les poulains sous les saules
Le premier galop blanchit leur souffle
Des ondes circulent
Sur l'encolure des prés
L'oreille contre terre
On entend le monde vibrer
L'aurore monte
A ton premier sourire
Elle réveille sur la menthe
Un cri d'engoulevent
Et l'allégresse à chair comble
Comme une pomme émerveillée
Le soleil se lève sur la mer
L'odeur du goudron dans la gorge
Les sirènes crient dans les ports
La vie lutte avec la mort la vie brûle
Dans la veine des tempes
La brume et l'horizon reculent
Le tremplin de la route a vibré sous nos pas
D'une seule mesure
Sécurité de midi sur les vagues
Des gouttes salées entre les vils
Le monde est cerné d'arcs-en-ciel
*
Je t'aime
Et la bouche s'étonne comme l'épine en mai
D'avoir des fleurs si blanches à pistils écarlates
Des nids éclatés de bouvreuils sous les branches
Le soleil brisera les limites de l'oeuf
La sève sera verte avec ma chanson libre
Je t'aime et je connais l'ivresse des grands fonds
L'azote qui s'endort dans le cours des artères
La lenteur des poissons qui virent sans sillage
Le sable sous-marin sans trace sous tes pas
Je connais l'ivresse d'outre-mer
Et cet alcool si bleu dans les sarments qui brûlent