D'un jardin qui regarde la mer
J'ai rêvé d'un jardin qui regarde la mer
Un jardin que prolonge très loin l'horizon
Il est entouré de cyprès de chênes-verts
Je guette sans regret la venue des saisons
Sur la pierre chaude où tremblent les éphémères
Le battement de la lumière près de l'eau
Nous y fait oublier le passage du temps
Et les cieux frissonnants des grands départs d'oiseaux
Le vent du soir ailleurs effeuille les bouleaux
Dans ces forêts d'automne qu'enfant j'aimais tant
Les sapins cette nuit n'y feront qu'un sanglot
Ici la rose est une flamme sur la pierre
Et les cyprès ont une beauté sans tristesse
Sur les remparts romains le lierre reste vert
Le lézard va dormir au creux des aloès
Nos chemins s'en iraient dans la haute bruyère
Ici la rose est une flamme sur la pierre
Si tu creusais sous les grands pins de la colline
Tu ramènerais un jour l'ancre ensevelie
Les vases d'argile gisant sous les racines
On dirait qu'un parfum d'autrefois se délie
Ou qu'une ombre légère a fui par les ravines
Si tu creusais sous les grands pins de la colline
Sous la terre dormaient les degrés des terrasse
Les oiseaux peint n'ont rien perdu de leur couleur
Qu'importe le vol circulaire des rapaces
Un instant de dégoût un instant de douleur
Ou quelque faux- ami rendu au vent qui passe
Sous la terre dormaient les degrés des terrasses
La mort semble plus douce et la vie transparente
On compterait les algues les galets du fond
Ne crais rien mon amour notre trace est vivante
Ta fille est au soleil comme l'oiseau qui chante
Les arcs-en-ciel rêvés pour elle s'ouvriront
La mort semble plus douce et la vie transparente
Avant toi ce fut la lande la solitude
Et mon âme à brûler sur les lampes du soir
Avec toi j'ai respiré le souffle du sud
La route étoilée la rose rouge l'espoir
Cet amour absolu que l'épreuve dénude
Avant toi ce fut la lande la solitude
L'haleine du printemps avec toi me pénètre
Et je sais le secret d'immortelle jeunesse
Ma fille a sa manière irréductible d'être
Tous mes morts avec elle étrangement renaissent
Elle a leur gout du large et de vastes fenêtres
L'haleine du printemps avec toi me pénètre
Ma fille en magnolia change l'humus amer
Elle aime comme nous l'alisier dans le vent
La clématite sauvage et la douce-amère
Ma chair s'épanouit de son geste vivant
La fleur qu'elle découvre est pour moi la première
J'ai rêvé d'un jardin qui regarde la mer
(La Madrague, juillet 60)