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Annonciation

Comme on lave un chaland sur les quais de la Seine

J'aurais voulu changer le monde où tu viendras

Toi mon rameau vivant ô ma verte verveine 

Je n'en pourrai rien faire avant que tu y viennes 

Déjà je crois sentir sur s'entrouvrent tes bras 

 

Comme il tremble ton coeur mon étoile captive 

Ma tigelle gorgée d'aurore et d'horizons 

Mon arbousier chanteur mon poisson dans l'eau vive 

N'aie pas peur même sans amitié ni maison 

 

Sauvagement je sais que le bonheur t'est dû

J'ai scrupule à te mettre dans ce monde atroce

Mon agnelet sans laine avec ton cri perdu 

Je te sens hors de moi pareil à cette cosse

En haut de l'acacia par tous les vents mordu 

 

Car ce monde est atroce où l'on tue des enfants 

Où leur mère titube aveuglée de douleur

Que m'importe le vent sur l'eau claire qu'il fend 

Quand je n'ai vu dans le regard de ceux qui meurent 

Se tendre aucun regret vers nos soirs étouffants

 

Je saurai te défendre ainsi qu'une tigresse 

Dans sa gorge roulant la plainte des savanes 

Et tout mon sang pour toi versé à pleines vannes 

Chanterait dans la flamme et l'amour qui me presse 

 

Elle n'est pas digne encor de ton innocence 

La vie où tu naîtras avant les percre-neige

Mais je t'ai désiré de toute ma violence 

L'ai-je entendue ta prière incertaine L'ai-je

Rêvée la source sous le bruissement des sens

Et je t'ai senti battre en moi comme un trépan 

Qui tremblerait dans la profondeur des étangs 

Quelle vigueur déjà te déplie les jarrets

Comme l'aube déplie les mimosas secrets 

Viens petit paysan des hommes ont là-bas 

Dans leurs paumes tannées les fleurs de la saison

Ils lancent des fusées quand le ciel est trop bas 

Ils souffrent sous la grêle et sous la trahison 

Viens ma rousserolle eux ne te renieront pas 

Tu grimperas pieds nu parmi les granits noirs 

Sous l'été crépitant qui sème les genêts 

Et je t'emmènerai ma sauvagine boire 

Dans le cratère des volcans abandonnés

Le cœur bandé de ciel comme une catapulte 

Ne crains pas l'ouragan qui secouera nos chaînes 

Avant de les brises ne crains pas qu'on t'insulte 

Dans son sang va chanter la fougue des vieux chênes

Car je t'aurai pétri de forces en tumulte

Viens à contre-courant nager dans la rivière 

Dormir comme un lézard au pied des échalas

Viens récolter le miel amer de nos bruyères

Et respirer le souffle dur des ségalas 

 

L'association "Les ami·e·s de Juliette Darle", ainsi que les ayants droit de Juliette Darle

vous remercient de votre visite. 

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